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2011-05-15T18:47:00+02:00

les rois du plateau

Publié par mamanmouth

 

MAI 2010 0304

Un doux soir d’été, à l’heure ou les renards et les garennes rôdent au bord des routes, je roulais tranquillement sur les chemins de traverse du canton du Russey .

L’air était frais, j’avais baissé la vitre conducteur, l’herbe dansait librement, le parfum des regains chatouillait mon nez et l’air frôlait mes cheveux avec paresse.

J’avais la tête encore engourdie par une journée de travail saturée de conflits et de relations compliqués, mais la caresse accueillante de la fin de l’été, en arrivant au village, fit s’ envoler tous mes songes.

Je découvrais à cet instant une sensation que je ne n’avais jamais ressentie jusque-là, dans aucun de mes autres lieux de résidence :

J’arrivais CHEZ MOI… dans MON village.

Je vivais dans cette commune du haut Doubs depuis environs 2 ans. Après avoir montré patte blanche sur  un simple questionnaire très officieux, Ils m’ont laissé une place et accepté comme l’une des leurs. J’ai appris  à faire confiance.  J’ai découvert la solidarité, l’esprit communautaire sans remparts, la générosité désintéressée et un irrésistible besoin d’eux autour de moi. Vous ne me croiriez même pas si je vous disais qu’ils m’ont pardonné mes maladresses,  encouragé mes initiatives, accepté mes différences sans jamais en attendre autant de moi .J’ai appris à baisser la garde et à aimer…

Oui, cette fois, je faisais mes adieux à la vie sans attache à laquelle j’avais pleinement  adhérée jusque-là. J’allais inéluctablement devenir  avec trop peu de résistance une adepte des p’tits dimanches au coin du feu et une angoissé des « ailleurs ».comme tous ces gens pour qui l’aventure et l’effroi commence à la sortie de leur village, j’allais peut être enfin mieux comprendre et m’approprier  la chanson de Cabrel* :

Je ne voulais plus trouver mieux que mon lopin de terre, que mon  vieil arbre tordu au milieu…

Voilà venu le jour ou les lieux font le lien.

Bien sûr, il a fallu jongler et se dépatouiller dans ces filiations généalogiques qui frôlent parfois la consanguinité : le cousin de la mariée est aussi le beau-frère du marié et le cousin de la demoiselle d’honneur, qui n’est pas moins que la sœur du marié et la belle fille d’une tante du marié. Pas simple de faire des confidences quand on  veut éviter les quiproquos !

Tu peux te considérer comme intégré quand tu maitrises au moins UN : « anciennement hez  machin … ». Qu’est-ce que c’est ça ? Me direz-vous .Dans la région ou j’habite, il est plus habile de situer un commerce ou une habitation en fonction de ses anciens résidents. Alors quand tu viens d’arriver dans le coin : pas évident de mettre un nom sur quelqu’un quand il te faut connaitre le nouveau et l’ancien propriétaire du lieu référent ! Alors quand tu commences à avoir assez « d’ancienneté » pour avoir connu le précédent  résident, tu peux lancer avec fierté la formule qui fait mouche : « c’est monsieur machin qui habite la maison anciennement chez bidule ». C’est là seulement que tout le monde situe et que tu suscites le respect !

Aujourd’hui je rocaille les « rrr » comme une vrai, je sais identifier les surnoms de chacun (aucune génération n’y échappe vu que beaucoup ont le même patronyme !), quand on rr’pèle pas, c’est qu’on  a déjà épèlé ; quand y rrpleut pas: on s’mêuule pace qu’il fait –30°  au thermomètre digital d’chez RIEME à Morteau et -28° sur celui anciennement chez CATTIN ; quand ça rrgéle : c’est qui reeuuille  plus.

…Il faut une certaine maitrise au départ mais ça s’avère assez simple par la suite finalement.  Si je m’amuse de leurs mots et de leurs mœurs, je n’accepterais plus que cet accent soit associé à l’idée qu’ils soient des gens de peu de culture et d’intelligence…comme si la culture ne pouvait s’exprimer que sur une seule voix. si tu n'as pas l'accent "journaliste" tu n'as aucune crédibilité. La diversité des accents n’est pas à mettre sur une échelle des valeurs : c’est  la musique des cultures.

 

J’ai  alors fini par comprendre que moi aussi je m’étais laissée envahir par ce chauvinisme incompressible qui me faisait pourtant sourire chez les autres avant, et que je trouvais même quelque peu pathétique parfois, j’avoue !

Quel curieux constat pour moi qui me croyais une fille de nulle part et qui pensais trouver ma place partout là où se trouvaient mon mari et mes enfants !

A tous ceux que l’éloignement des villes et la rudesse du climat repousse : grand bien vous fasse, si vivre ici ou même simplement vous y rendre, vous rebute : passez votre chemin, on ne retient que les rêveurs et les romantiques ;

Le bonheur et la sagesse distribuée ici n’ont de valeur que pour ceux qui savent les apprécier…

Pourtant,

On râle quand on est  pendu sur une congère à 3 mètres de la porte du garage et qu’il faut peller avant de pouvoir ranger les courses, et puis ,il y a l’hôpital qui est trop loin, les boutiques à une heure d’ici, les spécialistes qu’il faut courser dans toute la région, les kilomètres pour aller au boulot, les suisses qui ne «roulent pas », le portable qui ne passe pas (ou dont seules les voyelles sont audibles à condition de se mettre en équilibre sur la fenêtre !),l’ADSL qui patine, les rares jours ou les températures sont positives, les galères pour trouver une pharmacie ouverte le weekend , les heures d’attente au cabinet médical, les tracteurs crottés au milieu des rues et qui se croient tous seul au moment des foins avec une nonchalance affolante et provocatrice, et ce maudit chasse neige qui ne passe pas avant 6 heures et que pour laisser des talus infranchissables au milieu de la route !...

Si habiter ici n’a parfois rien à envier à un épisode de  « koh Lanta », l’orgueil et la jouissance des autochtones sont pourtant sensiblement palpables…

Avec une vie rurale des plus communautaires, avec le plus beau clocher du coin (visible de loin même par temps couvert , entendez bien !),avec une qualité de vie incomparable pour nos enfants, avec un apéro toujours prêt sur la table pour un promeneur en perdition ,avec les pré-réunions annonçant d’autres réunions :simples prétextes pour se retrouver encore ;avec le vent le plus propice à la pratique du cerf-volant ; avec la tranquillité et la pureté des paysages, mais surtout…(et là je vais me faire des amis !)Avec le plus performant et le plus exaltant club de football des environs...

Là, y’a pas à dire,  je vous l’affirme avec un enthousiasme déchainé :

On est vraiment les rois du plateau !!!

 MAI 2010 0297

*Les murs de poussière (Francis Cabrel)

Il rêvait d'une ville étrangère
Une ville de filles et de jeux
Il voulait vivre d'autres manières
Dans un autre milieuIl rêvait sur son chemin de pierres
"Je partirai demain, si je veux
J'ai la force qu'il faut pour le faire
Et j'irai trouver mieux"
Il voulait trouver mieux
Que son lopin de terre
Que son vieil arbre tordu au milieu
Trouver mieux que la douce lumière du soir
Près du feu
Qui réchauffait son père
Et la troupe entière de ses aïeux
Le soleil sur les murs de poussière
Il voulait trouver mieux...
Il a fait tout le tour de la terre
Il a même demandé à Dieu
Il a fait tout l'amour de la terre
Il n'a pas trouvé mieux
Il a croisé les rois de naguère
Tout drapés de diamants et de feu
Mais dans les châteaux des rois de naguère
Il n'a pas trouvé mieux...
Il n'a pas trouvé mieux
Que son lopin de terre
Que son vieil arbre tordu au milieu
Trouver mieux que la douce lumière du soir
Près du feu
Qui réchauffait son père
Et la troupe entière de ses aïeux
Le soleil sur les murs de poussière
Il n'a pas trouvé mieux...
Il a dit "Je retourne en arrière
Je n'ai pas trouvé ce que je veux"
Il a dit "Je retourne en arrière"
Il s'est brûlé les yeux
Il s'est brûlé les yeux
Sur son lopin de terre
Sur son vieil arbre tordu au milieu
Aux reflets de la douce lumière du soir
Près du feu
Qui réchauffait son père
Et la troupe entière de ses aïeux
Au soleil sur les murs de poussière
Il s'est brûlé les yeux (x3)

 

 

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